Plomberie

Le métier de plombier est un métier très ancien, dont l'origine remonte à la construction des pyramides en Égypte antique ; attesté par des tuyaux en cuivre vieux de 4500 ans1, c'est un métier qui n'a cessé de s'améliorer et de se développer au cours des siècles et des générations de plombiers qui l'on servi.

Les villes en Grèce antique avaient leurs réseaux d'eau qui alimentaient des fontaines toujours célèbres de nos jours[Quand ?]. L'apogée de la distribution de l'eau dans l'Antiquité est l’œuvre de Rome dans tout l'Empire romain, dont subsistent encore de nombreux vestiges. Après les grandes invasions, le métier de plombier renaît et se réoriente vers la couverture en plomb des cathédrales et des palais, avant que ne reviennent l'alimentation des fontaines et autres jeux d'eau des châteaux de la Renaissance. Le xixe siècle voit lentement l'eau monter dans les immeubles, avec l'arrivée du gaz. Le xxe siècle est le siècle de l'eau pour tous dans les pays développés, dans la cuisine et la salle de bains des villes et des campagnes.

Le travail du plombier est à la fois varié et complexe en raison des différents matériaux susceptibles d'être utilisés, ainsi que du nombre de travaux qu'il est amené à exécuter : installations pour l'eau, pour le gaz, la protection incendie, les gaz médicaux et bien d'autres fluides. Les lieux dans lesquels s'exerce le métier de plombier sont également variés : tous les lieux d'habitation, de soins et de loisirs, les immeubles de bureaux, les installations dans les usines et dans les campagnes, etc.


Sommaire


1Le plombier et son histoire1.1Dans les temps anciens1.1.1En Égypte1.1.1.1Les découvertes d'Abousir1.1.2En Perse1.1.3Dans la Vallée de l'Indus1.1.4En Mésopotamie1.1.5En Crète minoenne1.1.6En Grèce1.1.7Au temps des Celtes1.1.8Au temps des Romains1.1.8.1Les découvertes de Pompéi1.1.8.2Les découvertes de Trinquetaille1.2Dans le Haut Moyen Âge1.2.1L'église et le château fort1.2.2Le plomb et le cercueil1.2.3Le temps des cathédrales1.2.4Les corporations1.3Les monastères et les abbayes1.3.1Le monastère et l'eau1.3.2Le lavabo ou la fontaine1.3.3Le plan de plomberie du psautier d'Eadwine1.3.4Baptistères et fonts baptismaux1.3.5La couverture des monastères1.4Au temps de la Renaissance1.5Les plombiers à Versailles1.6Les machines de Marly1.6.1Les captations sous Louis XIII1.6.2Les captations sous Louis XIV1.6.3Les eaux de la Bièvre1.6.4L'eau des rigoles1.6.5Le canal de l'Eure1.6.6Le Moulin de Palfour1.6.7La machine de Rennequin Sualem1.6.8La Machine de Brunet1.6.9Machines à vapeur des frères Périer1.6.10La Machine provisoire1.6.11La Machine de Cécile et Martin1.6.12La Machine hydraulique de Dufrayer1.7Dans les villes et dans les campagnes1.8Le renouveau de la profession2Le plombier, le gaz et le gazier2.1Origine du gaz2.2Le gaz dans les villes3Les matériaux4Le plombier et l’apprentissage du métier4.1L’apprentissage du métier chez les anciens4.1.1En Mésopotamie4.1.2Dans l'Égypte ancienne4.1.3Dans la Grèce antique4.1.4À Rome et dans l'Empire Romain4.1.5Dans la Gaule4.1.6Du Ve au XIIe siècle4.2L’apprentissage contemportain en France5Le plombier et le compagnonnage6Les plombiers français dans le monde7Le futur du plombier8Conclusion9Voir aussi9.1Bibliographie10Notes et références


Le plombier et son histoire[modifier | modifier le code]

Robinet ancien de la fontaine du Mont-Saint-Michel.
L'eau rafraîchissante et apaisante.
Centre de loisirs aquatiques.
Siphons en fonte de gros diamètre sur réseaux d'eaux pluviales.


Dans les temps anciens[modifier | modifier le code]


Une étude sur l'histoire du plombier est un exercice difficile dans la recherche de la vérité avec la méthode historique la plus rigoureuse, ceci pour des périodes dont les métiers sont peu développés, souvent mal connus et pour lesquelles les écrits ne sont pas toujours venus jusqu’à nous. Cependant, si l'on n'a pas toujours de preuves concrètes de l’existence d’un plombier à une époque donnée, par les recherches archéologiques, les preuves des matériaux qu’il a pu utiliser sont souvent disponibles. De nombreuses revues, articles et thèses spécialisés dans la distribution de l'eau, sont souvent très évasives sur la présence ou la nature de canalisations sur certains sites de recherche «... on peut imaginer que la tuyauterie qui alimentait les arrivées d'eau [...] cette arrivée peut être imaginée de deux façons : une conduite en plomb horizontale ou un tuyau vertical [...] des tuyaux probablement en plomb ont été insérés.2,3. La période du xie siècle est la plus obscure et la plus mal connue de l'histoire du mérier. Avec les guerres et les invasions, les structures corporatives de la Gaule romaine ont disparu, ou du moins se sont mises en sommeil, avant de renaître, aux xiie et xiiie siècles comme le suggèrent certains historiens4.

Lorsque l’on considère la contribution que la plomberie et les sanitaires et donc les plombiers ont apportée dans la santé et la qualité de la vie de nombreuses populations, alors beaucoup d’autres choses paraissent beaucoup moins importantes, car, entre la perception d'un progrès et son effet réel, il y a souvent une différence qui n'est pas toujours visible. « Les réseaux d'eau et d'égouts ont plus fait pour l'humanité, que de très spectaculaires progrès médicaux comme, la transplantation cardiaque. Ce n'est nullement pour en minimiser l'incommensurable valeur, mais pour rappeler qu'entre la perception d'un progrès et son effet réel, il y a souvent un océan d'ignorance. Il faudra encore un demi-siècle pour que toutes les villes du monde de plus de 5 000 habitants disposent de réseau d'eau potable5,6,7. »

Les Très Riches Heures du duc de Berry. Les flèches couvertes en plomb.

Le mot plombier a évolué au cours des âges, avec des incohérences suivant les documents consultés : chez les Romains, on les appelait, Plumbarius8, dans la France du xiie siècle ils étaient Plunmiers9, mais pas encore reconnus comme corporation ; ils étaient déjà Plommiers10 au xive siècle et Plombeurs10 au xve siècle. Dans leurs statuts de 1549 promulgués par Henri II, ils sont des Plombmiers11, alors que dans les statuts de 1648, le Maistre est nommé comme Maistre Plombier12.

D’après le registre de la taille de Paris, il y avait en 1292 un Mestre Ploumier13, du nom de Mestre Raoul, seul artisan de son état à porter le nom de plombier. L'histoire ne le dit pas quel était son travail.

Dans d'autres pays, le mot pour définir le métier de plombier se rapporte à sa racine latine issue du plomb, plumbum, tel le plumber anglo saxon. En langue bretonne, le plombier se dit plomer de plom, le plomb. « La langue bretonne que parlent les Bretons bretonnants, fait partie des langues celtiques, la richesse de son vocabulaire lui a permis de s'enrichir de certains mots de la langue française ou latine tel ar plomer – le plombier - ou en construisant des mots issus de la langue bretonne comme pour an tredaner – l'électricien14. » Aujourd’hui, en France, le plombier se fait également appeler installateur sanitaire.

Lorsque l’on remonte dans les temps anciens, dont les techniques sont venues directement jusqu’à nous, les vestiges mis au jour par les archéologues permettent d’avoir des preuves concrètes de l’existence, à la fois de réseaux d’eau, des matériaux transportant cette eau et des hommes qui assuraient la fabrication et la mise en place de ces réseaux. Ces réseaux de tuyauteries trouvés dans plusieurs parties du monde, sont directement liés aux installations d’eau actuelles, ceci par l'apport de techniques et de compétences des nouvelles générations de plombiers au cours des millénaires : « Transmettre, voilà l'objectif. C'est ce que l'on ne remplace pas, pas plus pour la famille que pour le métier par l'école. Au cœur du problème se place le devoir des générations qui exige l'effort d'éducation et de transmission, cet effort par quoi l'humanité ne sombre pas [...] La transmission des valeurs d'un métier ne correspond pas, quant au fond, à la transmission d'une technique15... » Aujourd'hui disparues, plusieurs grandes civilisations autour de la Méditerranée, ont depuis des millénaires contribué à la lente progression des techniques de captation, de traitement et de distribution de l’eau et donc au métier de plombier16.

En Égypte[modifier | modifier le code]

Premier système de pompage de l'eau en trois étapes à l'aide de chadoufs.

En Égypte, au début du IIIe millénaire avant J.-C., les temples dédiés aux pharaons des premières dynasties n'ont pas de réseaux d’eau ; dans l’ancienne capitale Memphis (IIe dynastie, 2750 ans av. J.-C.), les maisons-palais de la haute bourgeoisie sont encore alimentées en eau à partir d’un puits-citerne qui recueillait l’eau de pluie ou l'eau du Nil, apportée par les serviteurs esclaves et les ânes17.

Élévation de l'eau à l'aide d'un tambour ou vis d'Archimède en Egypte.

Le pharaon Djéser, inaugure avec son complexe de Saqqarah, un nouveau concept dans la construction des ensembles pyramidaux, qui resteront à peu près identiques pour tous les monuments funéraires royaux construits par la suite. Un des éléments important sera la construction du Temple Haut, généralement contigu à la pyramide, et dont une partie sera destinée à la purification rituelle des offrandes faite à pharaon. Des canalisations sont placées dans le sol du temple afin d'évacuer les eaux lustrales qui seront versées sur les offrandes, puis généralement évacuées avec les eaux pluviales vers le Nil ou le désert. L'archéologue Ludwig Borchardt avec les découvertes d'Abousir, précise que dans ce Temple Haut se trouvaient des locaux pouvant servir à la préparation des corps avant l'embaumement. Cependant, à ce jour, aucun autre réseau de tuyauteries métalliques n'est décrit dans les différents temples mortuaires explorés par les archéologues, autre que celui du temple mortuaire du pharaon Sahuré à Abu Sir, seul des réseaux en poterie sont décrits sur les sites de fouilles, à Tell Amarna, Deir el Bahari (dans la grande cours du temple), Kahun ou El Lahoun et le temple de Sésostris II, etc18.

Les découvertes d'Abousir[modifier | modifier le code]

Le complexe du Temple mortuaire du pharaon Sahourê, souverain de la Ve dynastie à Abousir en Basse Égypte, son règne se situe entre 2458 et 2446 avant J.-C., est une source d'informations, majeure pour les plombiers.

L'archéologue allemand Ludwig Borchardt, a découvert lors des fouilles réalisées de 1902 à 1908 à Abousir, sous le plancher du rez de chaussée du Palais mortuaire du pharaon Sahouré, un réseau de tuyauteries d'évacuation en cuivre assez exceptionnel19.

Dans plusieurs locaux du Temple mortuaire dit en amont, proche de la pyramide principale, ainsi que dans celui dit en aval, pour la purification au bout de la galerie, un réseau de tuyauteries d'évacuation en cuivre, d’un diamètre de 47 mm, de 1,4 mm d'épaisseur et de plusieurs dizaines de mètres de long, datant de 2500 ans avant. J.-C., a été trouvé lors des fouilles par Ludwig Borchardt. Ce réseau de tuyauteries servait à l'évacuation de l'eau, de l'huile et de graisses de plusieurs bassins utilisés pour la préparation des corps des défunts lors de l'embaument ainsi qu'au nettoyage des outils ; la pente des tuyauteries était d'environ de 1,5 %20. Un élément de la tuyauterie est exposé au Musée National de Berlin (National Ägyptisches Museum) dans la section des antiquités égyptiennes. La tuyauterie de cuivre était engravée dans un caniveau de pierre et pour sa protection, posée et recouverte par un lit de mortier, des dalles de pierre recouvraient l'ensemble21.

Dans son ouvrage relatant ses découvertes22, Ludwig Borchardt précise :

« Nous devons consacrer une subdivision particulière pour cette installation, qui n'avait encore jamais été découverte sur aucun monument égyptien de cette époque, avec une telle qualité pour l'ensemble du système d'évacuation des eaux. »

Carte du Temple mortuaire du pharaon Sahourê à Abousir en Haute Égypte. Le trait rouge représente le tracé du réseau de tuyauteries en cuivre trouvées par Ludwig Borchardt.

« Chaque bassin se composait d'une auge de pierre [...] avec une bonde conique en plomb avec un œillet en cuivre martelé et un anneau en bronze, lorsque la bonde était tirée, l'eau s'écoulait dans une conduite de cuivre souterraine qui commençait du bassin le plus éloigné [...] et qui sur son parcours prenait l'eau des autres bassins »
« Nous avons déjà évoqué les installations de drainage à l'intérieur des locaux, mais nous les reprenons plus en détail. Les fluides évacués sont de l'eau et probablement des huiles et des graisses qui venaient des défunts23... »
« Nous avons parlé jusqu'à maintenant d'un conduit creusé dans le calcaire. Cependant, ce n'est que le support pour la conduite, celle-ci reposant sur un lit de mortier de plâtre. Sur le pourtour cylindrique de cette couche de mortier, il y avait beaucoup de traces de vert-de-gris, parfois même de cristallin et enfin dans la partie d, 6 et e, 3, de plus gros morceaux de feuilles de cuivre oxydé... »

Tuyau de cuivre engravé dans la pierre - vers 2500 av. J.-C. Découvert au temple d'Abou Sir en Égypte. Musée national d'égyptologie de Berlin.

« Il est clair que c'est là l'empreinte de tube de cuivre ronds, d'environ 0,047 m (47 mm) de diamètre extérieur [...] et d'une épaisseur de 0,0014 m (1,4 mm). Un examen plus précis a permis à certains endroits, (d, 6 et e, 5-6) de déterminer la longueur des éléments de tube à 1,02 m. Les tubes étaient emboîtés les uns dans les autres, la longueur de l'emboîture n'étaient pas reconnaissable. La jonction latérale (servant à l'étanchéité du tube) se faisait par un simple recouvrement de 0,026 m (26 mm) de large' »
« D'après le Maître plombier Heinrich, la soudure du cuivre ne semble pas avoir été connue des Égyptiens de l'Ancien Empire...» (D'après Heinrich, les tubes ont été réalisés à partir de feuilles de cuivre brutes, martelées, amincies, puis roulées pour former un tube. L'étanchéité latérale du tube, placée en partie haute, se faisait par un recouvrement martelé, le mortier faisait le reste.) « L'analyse des tubes cuivre a donnée : 96,47 % de cuivre, 0,18 % de fer ainsi que des traces d'arsenic, de chlore24... »
« Suivant le morceau de tube de 0,85 m de long trouvé...la jonction latérale était placée en dessus, ce qui permettait une étanchéité jusqu'au remplissage maximum du tube. La pente de la canalisation était faible mais régulière, environ 1,5 %, qui correspond approximativement à une pente de 1 pouce pour une aune égyptienne...» 25. Par rapport au système métrique, 1 doigt = 1,89 cm et 1 aune égyptienne = 5 m environ26. »

Dans son livre, Ludwig Borchardt conclut ses nombreuses pages de texte, de croquis et de photos prises directement sur le site de ses découvertes par cette phase : « L'ensemble de l'exécution d'un drainage ainsi ramifié est dans l'histoire de l'architecture égyptienne d'une nouveauté complète ». Puis termine par :

« Voici juste les faits. Considérez ceci : l'installation d'une conduite métallique de cette importance, créée au milieu du troisième millénaire avant Jésus Christ, c'est probablement la chose la plus particulière, la plus inattendue et la plus extraordinaire que l'histoire de la construction ait donnée27. »

Siège de toilette du règne d’Akhenaton xive siècle av. J.-C.

La fabrication et la mise en forme des tuyaux, ainsi que la fixation longitudinale, de même que la pose d'un réseau de plusieurs centaines de mètres, ne peuvent être que l’œuvre d’ouvriers hautement qualifiés ; hommes libres ou esclaves, ils ne s’appelaient pas plombier, mais en avaient l’expérience et la qualification. Une fresque dans une des tombes, montre la fabrication d’une feuille de cuivre avant son utilisation, depuis la fonte du minerai et le coulage sur lit de sable, jusqu’à son amincissement par martelage puis sa découpe en feuille28.

Sur ce même site d'Abousir, des réseaux d'évacuation d'eau pluviale en pierre ont été mis au jour par Ludwig Borchardt. Le réseau découvert comportait des gargouilles d'entrée d'eau et des caniveaux en pierre, mis en place à l'air libre, ou enterrés et recouverts de dalles de pierre29.

Au ive siècle av. J.-C., sur les pas d'Alexandre le Grand, lequel avait chassé les Perses d’Égypte, commence la dynastie gréco-égyptienne des Ptolémées et l’occupation de l'Égypte par les Grecs, puis au ier siècle, l'arrivée des Romains qui occupèrent le pays. Lors de cette présence romaine, les plombiers-soldats30 romains ont appris des plombiers égyptiens la fabrication et l'utilisation du cuivre pour les réseaux d'adduction d'eau, comme le faisaient les plombiers, esclaves ou hommes libres de l'Égypte ancienne, depuis des millénaires. Plus de deux millénaires plus tard, les plombiers de Rome, travailleront le plomb et réaliseront les fistulae, les tuyaux de plomb, de la même manière que les plombiers de l'Égypte ancienne travaillaient la feuille de cuivre, afin de réaliser des tuyaux pour les besoins des installations de plomberie de l'Empire romain.

Les différentes fouilles entreprises sur les sites d'Égypte depuis les découvertes de Ludwig Borchardt, n'ont pas apporté, à ce jour, d’autres preuves concrètes de l’utilisation de tuyauteries en cuivre pour les réseaux d'eau, autres que celles du palais d’Abou Sir. Les pillages et la réutilisation des matériaux, ne permettent que difficilement la restitution de certaines techniques du passé, que ce soit pour la fabrication ou la pose de tuyauteries métalliques.

L'exploitation du cuivre dans les régions du pourtour de la Méditerranée date de 2300 ans av. J.-C. sur l’île de Chypre, d'où son nom latin : cyprium.

En Perse[modifier | modifier le code]

Les bains publics de Kashan en Perse au xvie siècle.

C'est sur les plateaux d'une des premières civilisations du monde et avant que le pays ne s'appelle la Perse puis l’Iran, que le cuivre, un des plus anciens métaux utilisés par l’homme, aurait été découvert, le début de son utilisation remonterait au VIe millénaire av. J.-C.31. Lors des fouilles effectuées sur le site de la ville de Dur-Untash ou complexe de Chogha Zanbil, dans la province du Khouzestan iranien, il a été mis au jour plusieurs réseaux d'eau, en pierre et en poterie32. Certaines des jonctions de ces tuyaux en poterie étaient particulières, elles étaient réalisées au plomb fondu. Cette technique du joint au plomb fondu sur des tuyaux en poterie, sera utilisée près d'un millénaire plus tard, au vie siècle av. J.-C., lors de la construction de la canalisation d'amenée d'eau, dite de l'aqueduc Persistratis, pour l'alimentation de la ville d'Athènes. À Dur-Untash, d'autres poteries souterraines pour l'évacuation des eaux de pluie des maisons, étaient en poterie recouverte de goudron naturel (naphte) pour en réaliser l'étanchéité33.

Tuyauterie en poterie avec joint au plomb coulé.

Les ruines de plusieurs palais ont été mises au jour ; le palais numéro III était particulièrement soigné, chaque appartement était équipé d'une salle de bains avec une cuve-baignoire et des canalisations d'évacuation en poterie. La proximité avec la cuisine avait pour but de fournir de l'eau chaude et froide34. Les hommes qui fabriquaient les tuyauteries - probablement des potiers - ainsi que les hommes qui les préparaient et les mettaient en place, le faisaient avec un professionnalisme qui se rapprochait beaucoup de celui des plombiers, qui dans les millénaires futurs vont travailler le plomb pour réaliser les conduites de distribution de l'eau dans l'Empire romain.

Plaque corrodée de cuivre fondu provenant de Crète. xviie siècle av. J.-C.

Au cours des fouilles sur le site du complexe de Chogha Zanbil, aucune trace de tuyaux métalliques, en cuivre ou en plomb pour l'adduction ou l'évacuation des eaux, n'a été mise au jour par les archéologues. Après captation, décantation35 et l'amenée de l'eau par des aqueducs et des caniveaux de pierres et en poterie, l'alimentation des différentes parties des thermes devait se faire par les esclaves et les animaux. Sur le site de la ville de Dûr Untash, les archéologues ont découvert un ensemble important de bassins servant à la décantation des eaux du fleuve, fortement chargées en sédiments, ce qui en fait la plus ancienne station de traitement de l'eau du monde.

Dans la Vallée de l'Indus[modifier | modifier le code]

Au IIIe millénaire av. J.-C., alors que naissaient les premières civilisations dans les grands bassins fluviaux de la Méditerranée et de la Mésopotamie, se développait dans la Vallée de l'Indus, vers 2800 – 2600 av. J.-C.36 dans le Pakistan actuel, la civilisation dite Harappéenne. Deux grandes métropoles émergèrent de cette partie du monde et depuis plus d'un siècle, elles sont l'objet de fouilles à l'initiative de plusieurs pays : ces villes sont Mohenjo-daro et Harappa. Les différents archéologues qui ont travaillé sur les fouilles de ces deux villes37, ont été surpris par le développement de l'hygiène sanitaire, de l'alimentation en eau et des réseaux d'évacuation des eaux usées. Des réseaux qui pour l'époque ont une technique si élaborée, qu'ils sont les seuls en ces temps à avoir été construits dans une autre cité dans le monde ; il faudra attendre, plus de deux millénaires et la civilisation romaine, pour atteindre un tel degré de développement dans ce domaine de l'alimentation et de l'évacuation des eaux usées38.

La ville de Mohenjo-Daro.

Les Grands Bains de Mohenjo Daro. IIIe millénaire av. J.-C.

La ville qui à son apogée avait 35 000 habitants39, était divisée en deux : la ville haute ou Citadelle, et la ville basse. La Citadelle, comportait des maisons d'habitation plus confortables, où vivait une population riche de gouvernants et de marchands ; chaque maison, construite le long des grandes rues de la cité, comportait une salle de bain et des latrines individuelles, avec un système de drainage des eaux usées, à la fois vertical pour rejoindre le niveau du sol et horizontal pour se raccorder sur le réseau général placé le long des rues principales. Les réseaux intérieurs étaient en poterie finement ajustées, alors que le réseau principal le long des rues était en pierre et couvert de pierres non scellées pour permettre un entretien plus facile. Un regard en brique, ou un rétrécissement au niveau de la tuyauterie, était placé avant le raccordement sur le réseau principal afin de récupérer les dépôts important40. L'égout principal se déversait dans le fleuve. La ville basse, habitée par des populations plus pauvres, était située vers l'extérieur de la ville, dans des immeubles de 2 ou 3 étages. L'évacuation de l'eau de ces immeubles était réalisée suivant le même principe que celui des maisons particulières.

Vestiges de salle de bains avec réseaux d'évacuation à Mohenjo-Daro.

L'alimentation en eau des maisons se faisait à partir d'un puits privé, construit en brique jusqu'au-dessus du sol41. Dans la ville basse et concernant l'habitat populaire, certains écrits parlent de réseaux d'adduction d'eau, mais sans référence valable. Cet habitat collectif était plutôt alimenté en eau à partir d'un réservoir central élément lui-même alimenté par des puits collectifs.

Sur le site de Mohenjo-Daro, la construction la plus spectaculaire et la mieux conservée, reste les Grands Bains, avec douches, peut être pour une utilisation rituelle42. Ces bains étaient étanchés par plusieurs couches de bitume (naphte) de 2 cm d'épaisseur et la pose de briques finement ajustées ; les relevés étaient étanchés à l'identique et recouverts de briques pour la finition, afin d'éviter les remontées d'eau dans les murs42. Les bains étaient alimentés par un puits proche, ainsi que par la récupération de l'eau de pluie43, ce qui nécessitait des bacs de décantation dont aucun archéologue ne parle. Le sol des Grands Bains est légèrement en pente et la vidange du bassin se fait par un tuyau traversant le mur vers le réseau extérieur. Un bâtiment accolé au bain, comportait un hypocauste, technique de chauffage de l'eau, probablement ici pour le chauffage de l'eau du bain et des douches ; le dr Srikanta Sastri indique la possibilité de bains de vapeur (sauna) ou hammam44. Cette technique de l'hypocauste assez surprenante dans cette région à cette époque, était en avance de deux millénaires sur cette même technique qui sera largement employée par les Romains45.

Le puits, les plate-formes de bains et les réseaux d'évacuation à Harappa.

La ville d'Harappa

La cité d'Harappa fut construite avant Mohenjo-Daro, mais sur le même modèle d’urbanisation : une cité quadrillée par des rues principales et secondaires, qui aurait comptée jusqu'à 40 000 habitants46. Les maisons de la Citadelle ou ville haute, habitée par la bourgeoisie dirigeante et de marchands, comportaient un niveau de confort et d'hygiène avancé, avec salles de bains pavées de briques cuites au feu et parfaitement ajustées, ainsi que des latrines au sol lui aussi étanché. Les latrines comportaient un élément fait d'une jarre sans fond qui servait de receveur et se raccordait avec une tuyauterie en poterie sur le réseau horizontal de la maison, lui-même raccordé sur le réseau sur la rue47. Le long des rues principales était construits des réseaux d'évacuation des eaux usées en pierre, avec regards de visite et raccordement de chaque maison en tuyaux de poterie, sur le même modèle que les réseaux de Mohenjo-Daro.

Principe d'un ancien puits avec réseau d'évacuation à Harappa.

Les eaux usées, à partir des réseaux principaux, étaient dirigées vers le fleuve par un conduit enterré de forme rectangulaire et la partie supérieure arrondie. Cette sortie sur le fleuve était fermée la nuit pour éviter toute intrusion de personnes ou d'animaux48.

L'alimentation en eau potable et les eaux en général étaient abondantes dans la cité49, comme pour Mohenjo Daro, elles se faisaient par des puits individuels et collectifs suivant les différentes parties de la ville, le puisage de l'eau se faisait au moyen d'une corde et d'une poulie en bois50. Le Dr Ghani-Ur-Gahman précise que 700 puits ont été découverts dans la ville de Mohenjo-Daro, alors que 30 seulement ont été mis au jour dans la cité d'Harappa51.

Dans la ville de Dholavira, autre grande cité de la civilisation harapéenne, un ensemble de 80 latrines collectives a été mis au jour. Chaque maison y avait son puits et sa salle d’eau dallée. Les eaux étaient rejetées dans des caniveaux couverts en pierre, le long des rues principales, qui aboutissaient dans des jarres sans fond, sortes de puits perdus52.

Mais, à part des réseaux construits en poteries et en pierre, pour l'adduction et l'évacuation des eaux usées, aucune tuyauterie en matériaux métalliques tels que le plomb ou le cuivre, pour l'amenée de l'eau vers les lieux proches de leur utilisation, n'a été découverte par les archéologues. Cependant, la préparation et la pose de ces réseaux de tuyauteries en poterie, dont les éléments sont ajustés avec une telle précision pour éviter les fuites au moment de la mise en eau, ainsi que le principe d'étanchéité des parois, laissent à penser à l’existence d'une corporation d'ouvriers hautement qualifiés dans les domaines hydrauliques.

En Mésopotamie[modifier | modifier le code]

Les hypothétiques jardins suspendus et la Tour de Babel à Babylone.

Babylone, est une ville antique de la Mésopotamie située dans l'Irak actuel. On situe le début de sa construction au IIIe millénaire avant J.-C., mais sa profonde transformation et son apogée datent du ve siècle av. J.-C., avec le roi conquérant Nabuchodonosor II et la construction de palais, temples, ziggourats et des grandes voies de circulation. Babylone ville plusieurs fois détruite et reconstruite au cours des âges, est l'objet de fouilles depuis une centaine d'années par plusieurs équipes internationales dont des allemandes53. La ville était construite sur la partie gauche de l'ancien lit de l'Euphrate, des fossés et canaux remplis par l'eau du fleuve constituaient à la fois un rideau défensif, mais également permettaient le drainage des eaux de pluie et l'évacuation des eaux usées vers le fleuve54. Des réseaux d'adduction d'eau de la ville il subsiste peu d'informations, soit par la destruction du site au cours des différentes invasions, anciennes ou plus récentes, soit également par les recherches archéologiques non terminées ou pas encore entreprises.

Prisme de Sennachérib. Daté de 691 av. J.-C. Conservé au British Museum.

Si l'on se réfère aux indications données par les équipes d'archéologie qui ont travaillé sur Ninive, la sœur jumelle de la Cité de Babylone et dont les populations avoisinaient les 50 000 habitants au temps de sa splendeur, de grands travaux hydrauliques ont été entrepris tout au long de la construction de la ville55. Pour la construction et l'entretien de la ville, un nombre important d'ouvriers était nécessaire. Un quartier d'artisans a été découvert à Ninive, Babylone devait en avoir un également. Sur l’artisanat en Mésopotamie au xviiie siècle avant notre ère, les spécialistes se réfèrent au Code de Hammurabi, daté de 1750 av. J.-C., découvert par l'archéologue Jacques de Morgan en 1901 et qui se trouve au musée du Louvre. Ce code donne d’excellentes informations sur l'artisanat dans cette région du monde, car c'est à la fois un code de justice, une œuvre d'art par sa gravure en écriture cunéiforme et en langue akkadienne, c'est aussi une partie de l'histoire de la région en ces temps anciens56.

Dans son livre Les croisades vues par les Arabes, Amin Maalouf confirme que Bagdad, la ville fabuleuse des Mille et une Nuits avait d’excellentes canalisations d’eau ainsi que le tout-à-l’égout...57. À Babylone, une dizaine de villas de nobles ont été mises au jour, mais aucune trace d'installations sanitaires. Par contre des jardins, des bassins et que dire des très contestés Jardins suspendus construits par Nabuchodonosor pour son épouse, dont aucune preuve archéologique n'a pu (encore) être trouvée. Certains archéologues suggèrent un bâtiment de deux ou trois niveaux en terrasse, avec des plantations comme il y en a de nos jours[Quand ?]. L'arrosage des jardins, réalisé au moyen d'une machine du genre vis d'Archimède, roue à godets ou autres moyens mécaniques. Les spécialistes se penchent sur le sujet.

Robinet de fontaine en poterie temple de Bel à Nippur en Mésopotamie. 2500 av. J.-C.

« Des canalisations conduisent les eaux depuis le haut : tantôt elles s’élancent et s’écoulent en suivant tout droit la pente, tantôt on les contraint à remonter en spirales, à l'aide des mécanismes qui la font courir autour de l’hélice des machines.58. » À la suite de récentes recherches sur ces fameux jardins suspendus, madame Stephanie Dalley de l'université d'Oxford59, les placerait non pas à Babylone, mais à Ninive où des ruines de jardins auraient été découvertes. C'est en déchiffrant le prisme de Sennachérib, roi d'Assyrie de 705 à 681 av. J.-C.60, que madame Dalley a fait cette remarque. Senachérib, lui aussi, a lancé de grands travaux à Babylone et à Ninive sa nouvelle capitale. Un des passages du prisme précise : « J'ai construit à côté du Palais un jardin surélevé qui imite les scènes... 61 ». La confusion dans la localisation des jardins, pourrait venir des travaux hydrauliques et de jardinage dans ces deux villes sœurs de son royaume.

Sur le site de Nippur, en Mésopotamie, J. H. Haynes archéologue américain, découvrit en 1892 sur le site du temple de Bel, des robinets de fontaines en poterie, clay water-cocks, datés de 2500 av. J.-C. environ. Leur fonctionnement était simple : alimenté par une fontaine, l'eau s'écoulait normalement par la partie basse du robinet et pour boire, il suffisait de boucher avec la paume de la main la partie basse du robinet et l'eau s'écoulait pas le haut. Une crapaudine en pierre et des tuyauteries de descentes d'eau pluviale en poterie ont également été retrouvées sur le site62.

Au-delà des réseaux d'adduction d'eau primaires, on sait peu de chose sur la distribution de l'eau à Babylone. A Ninive ou dans d'autres villes de Mésopotamie, au-delà des sources de captation, aqueducs de transport et stockage dans la ville de Ninive, aucune précision concernant les raccordements vers les maisons et les bâtiments publics, n'a pu être fournie à ce jour par les archéologues. Cependant un passage du prisme de Sennachérib parle de la capture des artisans lors de la prise de Babylone par le roi Sennashérib63, ce qui laisse à penser que les artisans faisaient partie intégrante de la société babylonienne au viie siècle av. J.-C.. Certains de ces artisans avaient dû participer à la mise en place des réseaux d'eau ainsi qu'à leur entretien. Il faudra attendre le travail difficile des archéologues dans cette région du monde, pour permettre de mieux appréhender les matériaux utilisés par les plombiers de Mésopotamie. Il fallait de toute façon alimenter en eau, la population d'une ville de 50 000 à 100 000 habitants suivant les époques, qui ne pouvait vivre sans eau, et de ce fait sans plombiers.

En Crète minoenne[modifier | modifier le code]

Carte de l'île de Crète avec les principaux sites anciens.

L'île de Crète, dans la mer Égée, proche de la Grèce continentale, fut habitée dès le VIe millénaire avant J.-C., mais c'est à partir de l'Âge du Bronze, au IIIemillénaire avant J.-C., que la civilisation minoenne se développa dans l’île de Crète et dans d'autres îles des Cyclades : Délos, Pylos, Santorin, etc. À la différence des civilisations anciennes : égyptienne, perse, mésopotamienne, Vallée de l'Indus, etc., qui se développèrent dans des zones où l'eau était abondante, les hommes de la civilisation minoenne s'établirent dans des lieux de sécheresse importante, où les ressources en eau étaient rares. Ces conditions climatiques particulières, obligèrent les plombiers minoens à une gestion stricte des l'eaux disponibles : eaux de surface – eaux de pluie – et les eaux souterraines – eaux de sources -, et à l'invention des premières techniques de l'hydraulique, adaptées aux besoins de villes importantes. Vers le xvie siècle av. J.-C., l'explosion du volcan de Santorin, entraînant une série de séismes dévastateurs, aurait à la fois détruit l’île et sa flotte et serait une des raisons du déclin de la civilisation minoenne.

Le Palais de Knossos en Crète. Reconstitution.

Vers 1200 avant J.-C., les Grecs venant de la Grèce continentale, envahissent l'île et instaurent une nouvelle culture grecque classique : l'ère dite mycénienne. L’île fut envahit à nouveau en 67 avant J.-C. et fit partie de l'Empire romain jusqu'en 395 après J.-C., puis de l'Empire Romain d'Orient ou byzantin jusqu'en 824. La Crète passe ensuite sous domination arabo-musulmane, puis byzantine, vénitienne, ottomane, égyptienne, avant d'être rattachée à la Grèce en 1913.

Entre les années 3000 et 1500 avant J.C., les échanges culturels et technologiques avec l’Égypte, la Mésopotamie, la Perse et la Vallée de L'Indus, furent nombreux, à la fois au travers du commerce entre ces régions, mais également par les guerres amenant des échanges de savoir-faire entre, les artisans et soldats-ouvriers64. L'archéologue anglais, Sir Arthur Evans, spécialiste de la civilisation minoenne précise : « Mais les poteries minoennes de Kahun semble une connexion avec la présence d'ouvriers crétois en moyenne Égypte, employés par les Pharaons (Amenemhat II et Amenemhat III – 1895 à 1797 avant J.-C.) pour leurs grands travaux architecturaux et d’ingénierie. À cette époque et les suivantes, à Knossos et ailleurs (pyramides de Illahun et Hawara et le port de l'île de Pharos), ces travaux ne peuvent s'expliquer que par la présence d'éléments minoens sur le sol d’Égypte lui-même65. »

La salle des dauphins ou salle de bains de la Reine au Palais de Knossos en Crète.

Les hydrauliciens et les plombiers crétois de l'époque minoenne ont déployé dans les palais de l'île de Crète, toute leur ingéniosité technique, dans l'élaboration et l'installation des systèmes d'adduction d'eau, d'évacuation des eaux usées et des eaux pluviales, comportant de nombreuses similitudes avec ceux des régions du sud de la Méditerranée et de l'est de l'Europe, mais également avec les grands principes de base des réseaux conçus de nos jours[Quand ?].

Sceau d'argile d'un immeuble de plusieurs étages. Époque minoenne.

C'est au cours de la civilisation minoenne, que sont construits les palais de Phaistos, Mallia, Zakros et le Palais de Minos à Cnossos, le plus significatif des palais sur le plan de l'hydraulique, et du travail des plombiers crétois. Le Palais de Knossos, celui-ci d'ailleurs était plus un complexe de locaux, qu'un palais avec ses lieux de stockage des marchandises, ses moulins à huile, ses ateliers d'artisans, son Palais avec ses dépendances, des bâtiments de logements de plusieurs étages et des bâtiments publics, comme les ensembles de détente avec bains publics et bars66. L'ensemble comprenait 1500 pièces. Une sorte de Cité-État plus qu'un palais classique. L'ensemble de l'île comportait près de 100 000 habitants. La construction du vieux Palais à Knossos date de 2200 avant J.-C., puis après sa destruction en 1800 avant J.-C., le nouveau Palais, au cours du viie siècle av. J.-C., fut construit plus moderne, plus vaste et comportait plusieurs étages. Le manque d'eau dans l'île, consécutif à un environnement climatique très sec, a obligé la civilisation minoenne à développer des standards d'hygiène, d'hydraulique et de plomberie, qu'aucune autre civilisation n'avait jusque là atteinte67. Les plombiers crétois ont élaboré et installé à partir des eaux disponibles, comme l'exploitation des eaux souterraines, ainsi que la récupération des eaux de pluie, des systèmes d'adduction, de filtration et de transportation des eaux potables, ainsi que le traitement des eaux usées et des eaux pluviales, avec un niveau technique exceptionnel pour l'époque. Les archéologues ont mis au jour lors de leurs travaux, des vestiges de réseaux de canalisations en pierre et en terre cuite - terra-cotta -, qui peuvent s'apparenter, dans une moindre mesure, aux installations hydrauliques mises au jour dans les villes de Dur-Untash, dans la province du Khouzestan iranien - 2400 à 539 avant J.-C. - et les villes de la civilisation de la Vallée de l'Indus, comme Mohenjo-Daro et Harappa - 2800 – 2600 avant J.-C68.

Complexe de traitement et de stockage des eaux à Tylissos en Crète.
Réseau de tuyauterie ancienne en poterie à Athènes.

Ces eaux collectées et transportées servaient à l'alimentation des fontaines publiques, des salles de bains et des latrines des palais et autres maisons de la bourgeoisie minoenne, ainsi que pour l'alimentation des thermes, fontaines et autres jeux d'eau, utilisés pour l'hygiène et les plaisirs de la population crétoise69. Ces installations montrent un niveau d'hygiène, de gestion et d'utilisation de l'eau très développé, par rapport aux mêmes concepts dans l'Europe de l'Ouest à cette même époque.

La source principale alimentant en eau le Palais de Knossos, ainsi que les fontaines et les autres besoins de la cité, provenait dans un premier temps de la source de Mavrokolymbos, proche du palais, puis par la suite de la source de Fundana et des monts Juktas70. Ces deux derniers lieux de capture de l'eau, étaient distants d'une dizaine de kilomètres des lieux d'utilisation. L'eau était amenée par des conduites en terre cuite, ainsi que des tuyaux et caniveaux en pierre, pour le raccordement aux citernes de décantation, de filtration et de stockage de l'eau. Quelques autres sources proches du Palais fournissait également l'eau potable71.

Concernant les tuyauteries retrouvées dans le Caravansérail au sud du Palais de Knossos, il est suggéré par Andreas N. Angelakis, reprenant les textes de Sir Arthur John Evans que : « L'alimentation de ce bâtiment se faisait depuis une source sur la colline de Gypsades et que l'eau devait d'abord descendre de cette colline, puis remonter pour l'alimentation du caravansérail, suivant le principe des vases communicants. Les artisans – plombiers – minoens avaient la connaissance des vases communicants et du principe du siphon72. » Ce système hydraulique sera utilisé par les plombiers romains un millénaire plus tard, pour l'alimentation de la ville de Pergame, actuellement en Turquie, au iie siècle av. J.-C. et pour l'alimentation de la ville de Lugdunum (Lyon) au iie siècle av. J.-C., avec notamment les siphons de l'aqueduc du Giers.

Les tuyauteries les plus utilisées par la civilisation Minoenne, pour le transport des eaux dites sous pression, furent les tuyauteries en terre cuite, réalisées avec des éléments tronconiques de 70 cm environ de longueur et d'une section intérieure moyenne de 13 cm. La finition des emboîtures était d'une grande précision eu égard aux deux parties tronconique ; le joint d'étanchéité était réalisé au moyen d'un ciment spécial, certainement à base de chaux et de poudre de terre cuite « ...for the clay cement of the joints was not broken73 ». Ce type de tuyauterie de forme tronconique, n'avait encore jamais été utilisé par aucune autre civilisation et ne sera plus jamais utilisé pour d'autres réseaux de tuyauteries, généralement de forme cylindriques. Les tuyaux coniques en poterie son unique dans la Crète minoenne et utilisés pour les réseaux d'alimentation d'eau en faible pression. L'archéologue anglais Arthur John Evans, précise en 1913 : « La magnifique construction des tubes en terre cuite pour l'eau (terra-cotta) [...] Ceux avec leurs poignées et collerettes sont d'une admirable construction et la forme conique de chaque section, donne à l'eau un mouvement d'accélération bien adapté pour prévenir l' accumulation de sédiment74. »

Détail d'une jonction de tuyaux en poterie sur réseaux eaux potables à Knossos.
Baignoire en poterie de la Reine à Knossos.

Des études hydrauliques ont été réalisées par un laboratoire de Melbourne, sur des tuyauteries tronconiques reconstituées, afin de comparer la différence de perte de charges sur les deux types de tuyauteries. Les pertes de charges étaient plus importantes sur les tuyauteries tronconiques. Les avis des experts sont partagés sur le pourquoi de la fabrication et l'utilisation de tuyauteries tronconiques, à la place de tuyauteries cylindriques classiques.

Cependant, ce modèle de tuyauteries tronconiques, ayant été utilisé sur l'île de Crète, dont la morphologie du relief du terrain est assez particulière, aurait été préféré aux tuyauteries d'un modèle cylindriques, pour les raisons suivantes :

Facilité de fabrication et principalement dans le processus de démoulage.Facilité pour la réalisation de courbes lors des changements de direction.Possibilité de réduire la vitesse de l'eau lorsque la morphologie du terrain le nécessitait.Entraîner les impuretés et diminuer l'encrassement et l'entartrage des canalisations75.

Mascarons de la fontaine vénitienne de Spili en Grèce.

À Knossos, Phaistos, Tylissos, Aghia Triadha, Myrtos, etc., des structures hydrauliques pour la collecte des eaux pluviales ont été mises au jour : réseaux de récupération des eaux des terrasses, bassins de décantation et de filtration, conduites gravitaires jusqu'aux citernes de réserves de l'eau. Ces eaux d'origine pluviale, étaient utilisées lors de l'assèchement des sources d'eau potable habituelles, ainsi que pour les besoins de l'hygiène et des plaisirs de l'eau : thermes, latrines, fontaines76.

Baignoire de Nestor à Pylos en Grèce.

Certaines des îles des Cyclades ne comportaient pas de réseaux d'adduction d'eau et des puits publics mettaient l'eau à la disposition des populations, qui ne possédant pas leur propre puits. Les eaux de pluie étaient également récupérées et stockées dans des citernes, chaque maison avait sa propre citerne enterrée. L'île de Delos, lieu de naissance selon la légende d'Apollon et d'Artémis, possédait en plus une grande citerne collective, alimentée par un ruisseau aux eaux éphémères, provenant du mont Cynthus qui approvisionnait le temple d'Apollon77.

Pour la récupération et le transport des eaux usées et des eaux pluviales, les archéologues ont retrouvé des réseaux de tuyauteries en pierre et en poterie, de section circulaire pour les réseaux horizontaux et de section rectangulaire pour les descentes d'eaux pluviales en provenance des terrasses des bâtiments, comme sur le site de Myrtos-Pyrgos au sud de la Crète. Des réseaux d'eaux usées et d'eaux pluviales, ont été mis au jour à des profondeurs atteignant plus de 3 mètres, afin de conserver une pente satisfaisante à l'écoulement des eaux.

Latrines sur l'île de Délos.

Les recherches archéologiques ont montré l'importance de l'eau dans l'hygiène et les plaisirs de la civilisation minoenne. En plus des fontaines et des thermes publics, les appartements des palais étaient équipés de salles de bains78, avec l'eau courante et des toilettes alimentées en eau. Dans le Domestic quarter du Palais de Knossos, plusieurs latrines, en rez de chaussée et au premier étage, étaient alimentées en eau à partir de réservoir en étage ou en terrasse et comportaient une tuyauterie d'évacuation ventilée et raccordée au réseau principal79. Les lavabos retrouvés par les archéologues, étaient des vasques de pierre à fond plat et poignées pour êtres transportées. Ces vasques, finement décorées, s'apparentent aux larnax de petites dimensions, utilisés à la fois de baignoire et de cercueil80. Dans certaines maisons privées, ont été découvertes dans l'île de Santorin, encore utilisées lors de l'irruption du volcan Théra, des salles de bains où étaient installées des baignoires81.

Baignoire – Larnax au Palais de Knossos au xive siècle av. J.-C.

Le cuivre était utilisé en Crète ; au moment de la construction des palais, les Thraces, proche de la mer Égée, commerçaient leur cuivre avec plusieurs régions comme le delta du Danube et l'est de la Méditerranée82. Dans l’Antiquité, l’île de Chypre appartient à un large monde hellénistique. Dès le xive siècle av. J.-C., le cuivre de Chypre fait l’objet d’un commerce maritime - épaves du Cap Gelidonya, d’Ulu Burun83.

Les relations commerciales étaient importantes entre le monde crétois minoen et la Grèce pré-mycénienne, ainsi qu'avec l’Égypte, surtout avec le Delta ; commerçants, artisans, soldats, mercenaires et esclaves sillonnaient le sud de la Méditerranée, échangeant leurs techniques de construction et leur savoir, et notamment dans le domaine de la construction, l'hydraulique et de la plomberie, dans le cadre des nouvelles techniques en hydraulique en raison des nouvelles exigences dans l'hygiène de ces palais.

Sans doute, l'interdépendance culturelle et technologique existait entre les Minoens, les Égyptiens, les Mycéniens, les pré-Etrusques64.

Il est surprenant de trouver les mêmes matériaux et techniques de construction, utilisés dans la Crète minoenne et les cités de Perse ou de Mésopotamie : tuyaux en terre cuite avec joint au plomb, morphologie des réseaux d'adduction d'eau et d'évacuation, traitement des eaux par décantation, que l'on retrouve à la fois au palais de Phaistos en Crète et à Dur-Untash du complexe de Chogha- Zanbil en Perse84. Sur le site d'Hagia Triada, au sud de la Crète, des objets ont été retrouvés dont les isotopes du plomb révèlent des origines afghanes.

Fontaine vénitienne Rimondi à Réthymnon en Crète.
Baignoire en poterie peinte du Palais de Knossos.

La civilisation minoenne fut une époque florissante pour la Crète, avant de tomber dans l'oubli et être redécouverte au xxe siècle, par la mise au jour du Palais de Knossos. À la suite du déclin de la civilisation minoenne, remplacée par les Grecs continentaux - la civilisation mycénienne - , les Romains, puis les Vénitiens, Ottomans et autres envahisseurs, des vestiges de fontaines ont complété la richesse et le développement culturel et technique de l'île de Crète au cours des âges, sans toutefois atteindre le niveau des techniques hydrauliques atteintes au cours de la civilisation minoenne par les plombiers crétois.

Certains experts font d’ailleurs le liens entre les techniques hydrauliques des plombiers de l'île de Crète de l'époque minoenne et ceux des techniques des plombiers de la Grèce mycénienne85, ayant eux-mêmes retransmis leurs savoirs aux plombiers romains ; puis la conquête par César de ce qui devint la Gaule, amenant avec lui les plumbarii, permis aux Celtes romanisés puis francisés de former des plombiers gaulois.

En Grèce[modifier | modifier le code]

Baignoire reconstituée en terre cuite à Olynthe en Grèce.

La Grèce antique avait pour l'eau un véritable culte. Les protectrices des eaux et des sources étaient les nymphes. Les anciennes fontaines sont célèbres comme la fontaine de Castalie à Delphes, la Fontaine aux neuf bouches (la Fontaine Ennéacrounos) de l'Agora d'Athènes....ils (les Pelasges) s'en prirent aux jeunes filles qui allaient chercher de l'eau à la fontaine Ennéacrounos...86.

Les cités helléniques étaient généralement alimentées par des puits ou des sources, la cité d'Érétrie avait une canalisation qui partait de l'Acropole et longeait l'avenue principale afin d'aller alimenter une fontaine publique87. Concernant la période hellénique, de nombreuses sources archéologiques sur les jardins et leurs jeux d'eau, ainsi que sur les fontaines publiques sont disponibles ; mais il y a peu d'informations sur la nature des tuyauteries utilisées : poterie, plomb, cuivre. Les eaux après captage étaient dirigées par des aqueducs ou des tunnels, jusqu'à des citernes légèrement en hauteur. Depuis les citernes, des réseaux en poteries enterrées et en pierre, protégés au-dessus par des dalles de pierre, amenaient l'eau par gravité vers des fontaines publiques. La sortie de l'eau se faisait généralement par une tête d'animal en bronze ou mascaron88.

Vase de la fontaine Ennéacrounos à Athènes. Noter les 2 douches.

À Érétrie, une ville de la Grèce antique sur l'île d'Eubée, une équipe d'archéologues de l'École Suisse d’Archéologie en Grèce, a découvert en 1991 lors des fouilles du quartier de la Maison aux Mosaïques, dans la partie nord-est du sanctuaire d'Apollon, une canalisation en terre cuite avec des joints au plomb. Cette canalisation placée sous la rue, alimentait la fontaine au nord de l'Agora.

La date de la pose et de la mise en service de cette canalisation est actuellement assez imprécise, à la suite des dernières fouilles et datations ; certains archéologues en situent la pose au ive siècle av. J.-C. En ce qui concerne l'abandon de la canalisation, elle est également imprécise, mais on peut penser que la destruction de la fontaine, ou l'obstruction de la canalisation par les dépôts de sédiments, en auraient arrêté son utilisation.

Érétrie. Tuyauterie en terre cuite avec son coude. École Suisse d’Archéologie en Grèce

« Quant aux conduites d'amenée ou d'évacuation des eaux, elles sont toutes faites en terre cuite, les jonctions sont réalisées en plomb. Le plomb est employé sans compter dans les anneaux de cerclage de la grande conduite amenant l'eau à une fontaine publique, située non loin de l'Agora89. » « La qualité de cette conduite, la durée de son utilisation attestée par des traces de réparations... tout laisse supposer qu'il s'agissait de l'amenée d'eau potable à la fontaine publique située au nord de l'Agora... la conduite ayant été repérée sur plusieurs points de son tracée90. » Cette conduite était constituée par des éléments de tuyaux en terre cuite d'un mètre de longueur, de 13 cmde diamètre intérieur et de 5,5 cm d'épaisseur, soit un diamètre extérieur d'environ 24 cm. D'autres éléments de canalisation découverts près de la maison du sud, ont une longueur de 60 cm, un diamètre intérieur de 11 cm et une épaisseur de 2 cm. La tuyauterie est posée avec une pente de 1,6 % sur un lit de pierres creusées en leur centre, à la fois afin de stabiliser la tuyauterie dans l'éventualité d'un tassement du terrain et permettre un support bien plat, qui évitait un porte-à-faux favorisant les fuites au niveau des joints, pouvant aller jusqu'à la rupture de la tuyauterie91.

« Dans sa portion est-ouest la canalisation repose sur un lit de blocs de calcaire gris... ces blocs de calcaire sont creusés au centre de cavités, destinées à faciliter l'installation du cerclage de plomb qui joint les tuyaux entre eux et à permettre les réparations fréquentes et aisées92. »

Baignoire en terre cuite période mycénienne.

Les différentes photos du site prises par les archéologues, ainsi que les rapports de fouilles, permettent de définir au moins quatre particularités dans la conception de cette canalisation : l'absence d’emboîture des tuyaux, la nature des jonctions, le cerclage de plomb des tuyaux et le type de coude de changement de direction.

Les tuyaux ne comportent pas d’emboîture et sont placés bout à bout, d’où la nécessité d'un support bien plat. Méthode parfois utilisée pour les réseaux gravitaires, mais rarement pour des canalisations sous pression, comme le précise les archéologues pour cette canalisation.

Érétrie. Détail du coude vu de l'intérieur. École Suisse d’Archéologie en Grèce.Les jonctions sont réalisées par les plombiers au moyen d'une bande de plomb assez irrégulière, d'environ 10 cm, enroulée autour du tuyau et terminée par 2 plis, probablement soudés, afin de les maintenir serrés, (dans le principe de la jonction longitudinale des tuyaux de plomb, que réaliseront les Romains quelques siècles plus tard).

« Il faut remarquer, sur le tracé nord-sud, à proximité de l'angle, une augmentation du nombre des anneaux de plomb, qui ne sont plus uniquement placés aux jointures des tuyaux, mais également au centre, afin de pallier la très forte pression causée par la réorientation du tracé de la conduite93. »

À certains endroits de la canalisation, des bandes de renforcement en plomb de 5 à 10 cm de large, sont placées autour de la tuyauterie et soudées en bout. Le renforcement d'une canalisation en terre cuite par des bandes de plomb, paraît assez illusoire, à la fois par l'élasticité du plomb et par le fait que dans le cas de surpression dans la canalisation, les joints, peu fiables, auraient cédés les premiers. Ces bandes de plomb, comme le note Sandrine Huber, « ... la conduite ayant été réparée sur plusieurs points de son tracée... » les bandes de plomb auraient pu servir à réparer des fissures sur les tuyaux, occasionnées au moment de la pose, ou par la mauvaise qualité des tuyaux en terre cuite94.

« Quant aux conduits d'amenée ou d'évacuation des eaux , ils sont tous fait en terre cuite, les joints en plomb. Le plomb est employé sans compter dans les anneaux de cerclage de la grande conduite amenant l'eau à une fontaine publique située non loin de l'Agora95. »

Érétrie. Détail de la tuyauterie avec les bandes de plomb. École Suisse d’Archéologie en Grèce.Le changement de direction est réalisé par un coude en poterie de 90°, très serré, du même diamètre que la tuyauterie. «... Nous pouvons remarquer que le virage est formé d'une seule pièce de terre cuite façonnée en coude ». A cette époque, sur les réseaux en terre cuite, les changements de direction se faisaient, soit au moyen d'un cube de pierre percé à angle droit en son centre, soit par des emboîtures coniques, comme au Palais de Knossos en Crète.

« Dans le fond de la tranchée où était posée la canalisation, les installateurs (plombiers) avaient placé à l'intérieur de l'angle (du coude) une petite colonne cannelée qui a été enlevée et à l'extérieur un long bloc de pierre incliné. Ces blocs sont appuyés contre la (tuyauterie de) terre cuite, certainement afin d'éviter que les tuyaux se déboîtent ou cèdent sous la très forte pression l'eau96. »

Érétrie. Partie de la tuyauterie avec les jonctions et les bandes de plomb. École Suisse d’Archéologie en Grèce.

« Les tuyaux de poterie étaient épais de deux doigts : ils étaient joints enfemble avec de la chaux détrempée avec de l'huyle ; Et quand ils devoient faire quelque coude, ils fe fervoient d'une pierre de rocher rouge, qu'ils perçoient pour recevoir les deux extremitez des tuyaux97. » Précision intéressante de l'archéologue concernant la pose de la canalisation, qui indique le niveau de connaissance des plombiers érétriens, dans les précautions prisent lors la mise en place de canalisation d'eau sous pression, et les éventuels « coups de béliers », avec la mise en place des points d'encrage au niveau des changements de direction. Cependant, le mot « sous pression », concernant ce type de tuyauterie en terre cuite, doit être sous entendu pour une faible pression, sinon le transport d'une eau de type gravitaire, le type de jonction tel que défini par les documents en notre possession, ne permet pas de « tenir » à une pression élevée sans d'importantes fuites, sinon la destruction de la jonction en plomb.

Érétrie. Montage de la tuyauterie avec coupe transversale. École Suisse d’Archéologie en Grèce.

De nombreux trous, souvent de forme ovale, sont visibles en partie supérieure de certains tuyaux, parfois sur chaque tuyau près de la jonction. Comme le suggère le professeur Renate Tölle-Kastenbein, ces trous pouvaient servir au nettoyage de la canalisation, mais également pour reprendre de l'intérieur l'étanchéité de la jonction98.

L'état intérieur des tuyaux indique une utilisation prolongée de la canalisation. On peut observer trois couches de dépôts de différentes couleurs sur la paroi intérieure, pouvant provenir de la captation et de l'utilisation de sources différentes au cours du temps, au fur et mesure de leur assèchement.

Eupalinos

Dans l’île de Samos, le tunnel d'Eupalinos, long de plus d’un kilomètre, a été creusé dans la montagne et prenait l’eau dans deux sources afin d’alimenter l’ancienne capitale. Ce tunnel avait la particularité d'être double : un tunnel d'accès en partie haute et un tunnel pour conduire l'eau à une douzaine de mètres en dessous du premier. Dans ce deuxième tunnel l'eau était amenée par une conduite en poterie99. Cette eau une fois arrivée en ville, était distribuée pour alimenter les fontaines, les thermes, les latrines publiques et les maisons bourgeoises. L'alimentation principale se faisant au moyen de canaux et d'aqueducs en pierre. Aucune indication sur les réseaux secondaires ; très certainement comme dans les autres parties de la Grèce, au moyen de caniveaux en pierre et de poterie, mais aussi des tuyauteries en plomb ou en cuivre pour raccorder les mascarons des fontaines, qui ont depuis disparues, comme beaucoup d'autres tuyauteries métalliques.

Artisans égyptiens. Chambre funéraire de Nebamum Phuket Thèbes. Égypte 1350 av. J.-C.

Concernant l'organisation des métiers, on trouve dans la Grèce antique des références à des métiers qui se transmettent de père en fils, mais les traces de l’existence de corporations en Grèce datent d’une époque où la conquête romaine était achevée ; au iie siècle av. J.-C. il est difficile de savoir si ces corps de métiers avaient une origine grecque ou romaine. Les quartiers d'artisans étaient concentrés près des réseaux d'approvisionnement en eau, cet accès à l'eau constitue dans de nombreuses villes un facteur déterminant pour l'installation de certains artisans. Les plombiers helléniques romanisés et les plombiers romains hellénisés amenaient et raccordaient en eau, non pas uniquement ces ateliers mais également les fontaines publiques proches. Ces plombiers helléniques étaient des hommes libres et des esclaves, car les grecs méprisaient le travail manuel et il y avait beaucoup d’esclaves à l’époque classique, ceux-ci pouvaient être soit des artisans indépendants travaillant seuls, soit des petits patrons employant des compagnons et des apprentis100.

Les esclaves pouvaient pratiquer tous les métiers, certains très habiles et appréciés pour leur art. Un esclave plombier qui avait eu la même formation au métier qu'un ouvrier libre, était aussi qualifié qu'un plombier libre100. Mais comme le dit Aristote : « Si les navettes tissaient d'elles-mêmes et les plectres jouaient tout seuls de la cithare, alors les ingénieurs n'auraient pas besoin d'exécutants, ni les maîtres d'esclaves101. »

Ruines des thermes d'Antonin à Carthage.

C’est à partir du milieu du iie siècle av. J.-C., que les armées de Rome occupèrent la Grèce, ainsi qu’une grande partie des pays du bassin méditerranéen102. À Athènes, les Romains construisirent des canaux et des aqueducs pour une meilleure alimentation de la ville en eau, ce dont elle avait un besoin urgent. Des fouilles récentes ont mis au jour des réseaux de canalisations en poteries et en plomb, datant des premiers siècles de notre ère103.

Carthage

Carthage, l'ancienne capitale romaine en Afrique, située au nord-est de la Tunisie actuelle, avait des maisons bourgeoises avec réservoir en sous sol pour la récupération des eaux de pluie à des fins domestiques, ainsi que la captation et le stockage des eaux de sources. C’est à Carthage que furent construits les fameux thermes d'Antonin, « le plus vaste ensemble thermal romain construit sur le sol africain ». À partir de l'aqueduc de Zaghouan alimentant la cité, des réservoirs d'eau d'une contenance suivant les bassins de 30 à 60 000 mètres cubes d'eau, permettaient au moyen de canalisations, l'alimentation des douches, latrines et de plusieurs piscines, dont une de près de 50 mètres de long104. La destruction du complexe au cours des siècles et donc des réseaux de canalisations intérieures, ne permet pas d'en connaître la nature. De la pierre, du plomb et du cuivre certainement, en fonction des réseaux, en grande partie mis en place par des plombiers gréco-romains.

Syracuse

Coupe longitudinale du siphon en tuyau de plomb pour l'alimentation de la ville de Pergame. iie siècle av. J.-C.

Syracuse, ville au sud est de la Sicile, fut fondée au viiie siècle av. J.-C. par des colons grecs venant de Corinthe. Elle était alimentée en eau à partir de nappes souterraines et un système d'adduction d'eau classique dans le monde grec de l'époque : les puits pour les habitations, des citernes pour le stockage de l'eau utilisée pour les bâtiments d'une certaine importance et alimentés par des réseaux de distribution réalisés par des tunnels et des aqueducs creusés dans la roche de la montagne. Ces aqueducs servaient à alimenter les fontaines, comme la fontaine monumentale de la Piazza della Victoria destinée aux besoins de la population105. Des réseaux secondaires existaient pour le raccordement final des habitations ou des fontaines, notamment des tuyauteries de plomb qui ont été retrouvées au cours de fouilles106.

Tuyaux en poterie pour alimentation du siphon de Pergame. iie siècle av. J.-C.

Au iie siècle av. J.-C., devenue une cité puissante, la citadelle de Pergame en Asie Mineure, a besoin d'un nouvel approvisionnement en eau. La compréhension technique du système hydraulique du siphon dit inversé, ainsi que la maîtrise de la métallurgie du plomb, ont permis de réaliser un ouvrage hydraulique sans précédent pour l'époque.

Pergame

Le système d'adduction d'eau de Pergame est composé de deux parties107 :

La première partie du réseau était réalisée par trois tuyauteries parallèles composées de 200 000 éléments de poterie, emboîtés et jointoyés avec un mélange de sable, d'argile et de naphte. Ce réseau amenait l'eau depuis la source à 1 250 m d'altitude, sur 40 km de distance en écoulement libre, jusqu'à un réservoir à 3 km en face de la citadelle, à 376 m d'altitude.La deuxième partie conduisait l'eau depuis le réservoir à 376 m de hauteur, jusqu'à la citadelle sur la colline en face, distante de 3 km à vol d'oiseau et située à une altitude de 350 m, et nécessitant le franchissement d'un vallon dont la hauteur la plus basse est de 175 m. Soit 200 m de dénivelé.

Le siphon qui franchissait la vallée, était constitué par une tuyauterie en plomb de 30 cm de diamètre extérieur et d'une épaisseur supposée de 5 cm. La conduite était posée sur des supports en pierre au-dessus du sol, avec des systèmes d'ancrage pour reprendre les efforts thermiques et hydrodynamiques de la conduite. La tuyauterie en plomb a disparu, seuls restent les ancrages permettant de présumer de la section des tubes et des traces de plomb retrouvées sur le tracé de la conduite. Le principe de fabrication et de jonctionnement des tubes en plomb sont inconnus. Le débit estimé de la conduite est de 45 l/s108.

Au temps des Celtes[modifier | modifier le code]

Statère d'or du peuple des Parisii. ier siècle av. J.-C.
Les constructions en Europe au IIIemillénaire av. J.-C.

Les Celtes étaient un peuple de l'âge des métaux, mais ils ne bâtirent pas, comme les grecs et les romains des ensembles urbains, leur habitat était la hutte de torchis avec une couverture de chaume ; la maison du chef pouvait être en bois ; ces « bourgades » étaient parfois fortifiées. Il existe cependant quelques « villes » celtes, qui font encore l'objet de fouilles, telles Bibracte et Avaricum(actuellement Bourges). Les besoins en eau étaient directement pris dans la rivière proche, dans les ruisseaux et les sources qui pouvaient alimenter des fontaines. Un réseau d'égout a été trouvé à Bibracte, mais pas de technique ou de matériaux particuliers d'amenée d'eau et donc pas d'artisan pouvant s'apparenter à des plombiers109.

Au temps des Romains[modifier | modifier le code]

Vestiges des thermes romains -Hypocauste - à Beith' Shein en Israël.

Le métier de plombier a suivi une évolution dans le temps et dans l'espace ; il y a une continuité dans le métier au fil des civilisations et des générations. Continuité dans l'évolution des matériaux et des techniques de fabrication et de pose et donc dans les hommes qui ont servi le métier de plombier.

Tuyauterie en poterie avec joints en plomb coulé pour l'alimentation en eau de la ville d'Athènes au vie siècle av. J.-C.
Collecteur d’eau ancien en terre cuite à Jérusalem.

L’Égypte, après être passée de dynasties en provenance de Haute et Basse-Égypte, connue le règne du fascinant Toutankhamon et de la belle Néfertiti, libyenne en 950 av. J.-C., éthiopienne, puis perse avec Darius et le règne des Grecs avec d'Alexandre le Grand et la dynastie des Ptolémées au ive siècle av. J.-C., et enfin les Romains et le couple célèbre César et Cléopâtre.

Latrines doubles romaines sur le site de Timgad en Algérie.

Avec l’arrivée des armées d'Alexandre le Grand en Égypte, remplacées par les armées romaines et avec elles les artisans-soldats de Rome, va se mettre en place toute une formation, des échanges et une retransmission des techniques de construction des Égyptiens vers les artisans des armées conquérantes. « Les Étrusques ont beaucoup faits pour le développement de Rome, et la Grèce n'a jamais nié sa dette envers la Crète et l'Égypte110. » Ces échanges porterons notamment dans la construction des thermes et des réseaux d'alimentation en eaux ainsi que la fabrication et l’utilisation de tuyaux en plomb. Ces matériaux et techniques seront reprises et utilisées par les collèges d’artisans de Rome, puis de l’Empire romain. « ...une trentaine d'édifices de tradition grecque datés majoritairement de l'époque hellénistique [...] l'autre moitié est formée d'établissements thermaux principalement de l'époque byzantine [...] alors que l'époque du Haut empire est peu représenté111. » Voici qu'arrivent les Plumbarius....

L'aqueduc romain du Pont du Gard.

Les plombiers ne sont pas directement impliqués dans la construction et l'entretien des aqueducs romains, à l’exception dans certains cas, du revêtement intérieur de la partie supérieure de l'aqueduc où coule l'eau, et la construction des siphons pour la traversée de certaines vallées. Les siphons, dans le système des aqueducs, est un travail beaucoup plus conséquent pour eux, notamment ceux construits en tuyaux de plomb sous l'Empire romain. Le siphon est une conduite sous pression, permettant de franchir des vallées dont l'espace ou la profondeur nécessiteraient un ouvrage d'art trop coûteux, sinon techniquement impossible112.

Les découvertes de Pompéi[modifier | modifier le code]

Vestiges des toilettes publiques romaines à Beit 'Shein en Israël.
Pompéi, alimentation en eau des latrines.

Rome, non seulement la ville mais ce qui fut la civilisation romaine dans ce qui deviendra l'Italie, « avait ses plombiers, ses couvreurs, etc113. »

Sur le site de fouilles de Pompéi, région VII, 5, 28, suivant le quadrillage archéologique de la cité, un local a été identifié comme étant un atelier de plomberie114. L'identification du métier pratiqué en ce lieu, s'est faite tout d'abord en fonction de l'aménagement du local : un bloc de pierre réutilisé et servant d'établi, mais également d'un grand nombre de déchets d'alliage à base de plomb, de fer, d’alliage cuivreux trouvés dans une partie du local. Nicolas Monteix115 dit que pour l'occupant de cet atelier, la spécialisation dans le travail du plomb, est évidente ainsi que celle sur d'autres métaux. Sur un site proche un fer à braser (à souder) a été trouvé, avec des limes, une tenaille, des forets, trois marteaux et une scie. Le fer à souder a une pellicule de plomb (peut-être de soudure) sur la face servant à souder116.

Robinet d'arrêt romain à boisseau en bronze.